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Le Billet Polar de Sophie Colpaert

La Chronique Baladeuse du mois d'Avril 2006

J'ai choisi, pour cette cinquième Chronique Baladeuse, deux romans qui emmènent leur lecteur très loin dans l'espace et surtout dans le temps: Magdalaine la Bâtarde et Le Diable à demeure de Roberta Gellis, 10/18, collection Grands Détectives.

De nationalité américaine, Roberta Gellis est une romancière et historienne très (re)connue, tant pour la qualité de ses intrigues et la justesse psychologique de ses personnages que pour ses méticuleuses recherches historiques. Titulaire d'un master en littérature médiévale et d'un autre en biochimie, elle a commencé sa carrière comme chercheuse scientifique avant de s'établir écrivain voici près de trente ans. Ses premières publications remontent à 1964 et depuis, son oeuvre a été saluée de nombreux prix récompensant les qualités multiples de ses ouvrages.

Le premier volume, Magdalaine la Bâtarde, nous emmène aux portes de Londres en 1139. Quelques adresses peu recommandables ainsi qu'une étrange demeure figurent parmi les nombreuses propriétés de l'évêque de Winchester, frère du roi Étienne. De l'extérieur, L'Old Priory Guesthouse, située dans le faubourg de Southwark, est une imposante bâtisse de pierre et d'ardoise. Sise sur les terres de l'abbaye de St Mary Overy, cette ancienne hôtellerie de prieuré est devenue... une maison de passe. Magdalaine et ses filles, confortablement installées, y accueillent, pour l'essentiel, une clientèle d'habitués et il règne dans la maison une rassurante atmosphère... familiale. Officiellement, ces dames sont des brodeuses et elles livrent régulièrement des travaux d'une grande qualité aux merciers qui peuvent se permettre de leur passer commande.


Magdalaine est une splendide aristocrate qui a connu une toute autre vie avant d'être confrontée au crime. L'amitié et la protection de Guillaume d'Ypres, un chevalier de l'entourage du roi Étienne, lui ont été d'un grand secours pour  s'installer à l'Old Priory Guesthouse. Ses trois filles et la cuisinière ont toutes connues les pires traitements avant d'être embauché par Magdalaine. Douceur faite femme, Sabine est une jolie rousse au teint laiteux. Aveugle de naissance, elle distrait ses compagnes et leurs hôtes en déployant ses talents de musicienne. Letice est une minuscule sarrasine à la peau mate et aux cheveux noir, une muette aux doigts de fée. Ella, nymphomane à l'esprit enfantin, déborde de gentillesse. Quand à Dulcie, la cuisinière, elle est devenue si sourde qu'on était sur le point de la chasser de la cuisine publique où elle travaillait.
  Un soir d'avril 1139, un inconnu frappe à la porte de l'hôtellerie, croyant se trouver chez l'évêque. Magdalaine dissipe sa méprise et l'homme décide de rester, privilégiant la compagnie de Sabine, avant de se rendre à son rendez-vous. Magdalaine devine en lui un messager transportant un courrier de la plus haute importance. Qu'elle n'est pas sa surprise d'être réveillée au milieu de la nuit par une Sabine en larmes et ensanglantée, encore choquée d'avoir découvert le corps du messager, poignardé sur le parvis de l'église où elle se rendait en cachette des moines.
  Tôt le lendemain, ces dames sont importunées par les vociférations du sacristain qui les accuse du meurtre, parlant déjà de corde et de potence. Le frère Paulinus est si obnubilé par le péché de chair qu'il est capable d'accuser les prostituées de tout et n'importe quoi mais  Magdalaine sait très bien ce que vaut la parole d'une ribaude contre celle d'un sacristain... Elle décide d'informer l'évêque, son propriétaire, de cet assassinat et apprend, en retour, que l'homme qui a séjourné chez elle était un messager épiscopal porteur d'une bulle papale... Henri de Winchester confie l'affaire à son homme le plus fiable, sire Bellamy d'Itchen dit Bell, qui tombe rapidement sous le charme de Magdalaine...

Dans le second volume, Le diable à demeure, Magdalaine et Bell oeuvrent de concert pour innocenter Maître Mainard et préserver le bonheur de Sabine. Maître Mainard faisait partie des habitués de la maison de Magdalaine où il privilégiait la compagnie de Sabine qui le comblait de ses caresses, de son écoute attentive et de ses réflexions avisées... tout ce que lui refusait son épouse, l'épouvantable Bertrild. Surmontant ses réticences, Sabine a accepté de suivre Mainard qui l'a installée dans un petit logement au dessus de sa boutique. Le sellier, qui est la bonté même, lui a confiée l'éducation et la compagnie d'une petite fille de dix ans, abandonnée par ses parents. D'abord effrayée par le visage déformé et repoussant de Maître Mainard, Haesel a vite retrouvée les joies de l'enfance en compagnie de ce couple pas comme les autres. Tout irait donc pour le mieux si l'épouvantable Bertrild ne s'ingéniait à pourrir la vie de son entourage. Quand elle est retrouvée morte, poignardée, dans la cour de la boutique de Maître Mainard, le sellier se retrouve au premier rang des suspects. À l'heure de la mort, Sabine chantait dans une fête de famille tandis que Mainard se tenait dans l'ombre, soucieux de ne pas indisposer les convives avec la laideur de son visage. De sorte que la parole de Sabine, sa maîtresse, une ancienne prostituée, constitue son seul alibi... Consciente de la faiblesse de cet argument, Sabine se rend chez Magdalaine. Elle et Bell sauront quoi faire pour Mainard. De son côté, Mainard commence à trier les affaires de son épouse et découvre, horrifié, que la défunte se livrait à de multiples chantages et avait accumulée une petite fortune...

L'époque de ces romans, l'Angleterre du XIIème siècle, déchirée par les luttes d'Étienne et Mathilde pour la possession du trône a déjà été abondamment illustrée par Ellis Peters et sa célèbre série consacrée aux enquêtes du Frère Cadfaël. Loin de remettre le couvert, Roberta Gellis exploite la période à sa façon, mettant en scène une prostituée proche des puissants. Les romans fourmillent de détails pratiques sur le quotidien de l'époque et il règne dans la maison close un étonnant mélange de sensualité et de simplicité. Balade dans l'espace et dans le temps, ces histoires se révèlent fort distrayantes et leurs personnages très attachants.

Sophie Colpaert,
Avril 2006

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